Interview de Pierre Bernard,

architecte de la rénovation du Pile

« Il faudra l’énergie de tous »

L’équipe de l’architecte Pierre Bernard a été retenue pour mener la rénovation du Pile, dans le cadre du Projet Métropolitain des Quartiers Anciens Dégradés (PMRQAD). Il nous explique sa méthode pour relever le défi.

Pourquoi avoir choisi de répondre à ce projet ?
Il y a deux raisons : la première c’est d’abord le quartier lui-même. Plusieurs membres de l’équipe avaient déjà eu l’occasion d’y faire des études il y a trois ou quatre ans. C’était en été, tout le monde était dehors, il y avait de l’énergie chez les gens, c’était facile d’établir des contacts. On avait déjà senti une très grande attente. Et puis évidemment on ne pouvait que constater tout ce qu’il y avait à faire…
La deuxième raison, c’est ce qu’attendait la Fabrique des Quartiers : un projet de 7 à 8 ans dans lequel il faut prendre en compte aussi bien la dimension sociale que l’état du logement,  des espaces publics, etc. La question était donc très large et mettait en jeu un temps long. On a tout de suite mesuré que c’était une manière neuve de poser la question urbaine, qu’il fallait prendre à bras le corps la vie du quartier, son histoire mais aussi ses difficultés.

Quelle analyse avez-vous faite du quartier et de sa place dans la ville ?
C’est un quartier qui a subi de plein fouet comme beaucoup d’autres la fin du travail dans le textile. Mais ce qui est étonnant c’est qu’il n’a pas beaucoup changé : ce sont toujours de petites maisons habitées en grande partie par leurs propriétaires. Seule la teinturerie, en disparaissant, a laissé la place à un grand espace qui attend d’être aménagé en partie. Toutes ces maisons ont besoin d’être rafraîchies ou franchement rénovées pour correspondre aux modes de vie d’aujourd’hui. Dans ce quartier qui a été réalisé pour loger un maximum d’ouvriers, on n’a pas laissé de place pour  la végétation dans les rues. Par chance, ce quartier est très proche du canal qui va devenir un pôle de verdure. Il y a là une opportunité pour que le Pile change et pas seulement les bords canal. C’est à exploiter pour que les habitants du Pile aient envie de rester et de faire des projets. On a constaté que la population est très attachée au quartier, elle est très partante pour participer aux améliorations mais elle a peu de moyens. Il faut faire avec cette réalité, c’est le challenge.

Comment relever ce challenge ?
Tout d’abord, nous n’avons pas encore fait de projet. Pour une raison simple : on veut pouvoir le faire avec les habitants. On a donc proposé une méthode de travail. Elle est précise, détaillée. Toute notre équipe (architectes, paysagistes, sociologues etc) a travaillé dessus pendant neuf mois. Mais pour réaliser ce programme, il faudra l’énergie de tous : celle des habitants et celle de tous les techniciens de la ville de Roubaix, de la Communauté Urbaine etc. Les premières réunions de travail avec La fabrique des quartiers sont très enthousiasmantes. Ce projet, ça va être une question d’énergie et d’envie partagée.  On se dit que pour que les choses bougent, il faut peut-être faire autrement : partir de l’habitant et être ambitieux, ne rien laisser de côté, ne négliger aucune piste, même les plus inattendues, ou celles dont on pressent qu’elles seront difficiles.

Pouvez-vous décrire les grandes lignes de l’action pour ce quartier ?
On travaillera sur cinq axes simultanément : l’espace public, le logement, la culture, la transition énergétique et ce qu’on appelle le parc du Pile. Ce dernier point est celui qui a donné le titre de notre proposition « Pile fertile ». On peut le dire fort avec un point d’exclamation s’il faut ! Nous savons qu’il y a plein de rêves qui attendent de germer au Pile. Le quartier est fertile de toutes ces attentes et ces envies. Et puis concrètement on souhaiterait (il n’y a pas que nous…) voir arriver des arbres dans ce quartier. C’est pour ça qu’on parle de parc : nous allons tout faire pour donner de la place au végétal et au vivant, partout. Faire entrer la lumière dans les maisons, permettre à chacun de se chauffer économiquement et proprement, retrouver l’usage des jardins et des rues, construire une nouvelle image du quartier, accompagner les gens qui veulent se donner plus de confort, aménager un beau jardin à la teinturerie avec ceux qui voudront nous accompagner, retrouver du commerce de proximité, la liste est longue... Tout cela demande de la technique dans beaucoup de domaines (pour comprendre, prévoir, concevoir, construire, gérer, etc.). Nous sommes là pour ça et nous allons solliciter la compétence des techniciens des collectivités, le savoir-faire des associations, et bien sûr la disponibilité des habitants.

Quelles sont les premières étapes de cette rénovation ?
On commence par des actions avec la population et on engage aussi des projets concrets. Les actions avec la population sont importantes : écouter les habitants va nous faire gagner du temps. Cet été, on organise un « diagnostic en marchant ». Pendant une journée complète, les habitants nous montrent sur place ce qui va et ce qui ne va pas, ce qu’il faudrait faire rapidement et ce qui doit être réfléchi un peu plus longuement. On leur dira aussi comment on voit le quartier et ce qui nous semble important de travailler ensemble. De tout cela on va tirer des orientations qu’on montrera en septembre dans une exposition à la Maison du Projet. D’ici la fin de l’année, il aura deux ateliers de travail (comment commencer le parc, et comment améliorer la propreté du quartier par exemple). On espère que ça intéressera les  habitants… Tout le monde est invité.
On va aussi engager le projet de réhabilitation d’une maison (on en choisira une qui est déjà propriété de la Communauté Urbaine). Ce sera une sorte de prototype, d’exemple de ce qu’on peut faire : le chantier débutera en 2014. On va faire en sorte que les habitants puissent suivre les étapes de la construction au cours d’ateliers et en tirent des informations pour leur propre maison.
Et puis il y a des projets qui ont été programmés avant qu’on arrive et qui vont aussi être lancés : celui de la halte-garderie par exemple. Toutes ces actions vont s’articuler les unes aux autres à ce rythme pendant les années qui viennent. Au fur et à mesure on va aborder des projets plus importants de logements, d’aménagement de rues etc. Ce qui importe aujourd’hui, c’est de commencer tout de suite. On a sept à huit ans devant nous. Contrairement à ce qu’on peut penser, c’est court parce que si on veut que le quartier change réellement et durablement, on ne peut pas se permettre de freiner !

La fabrique des quartiers, qu’est-ce que c’est ?

Créée en 2010 par Lille Métropole et les villes de Lille, Roubaix et Tourcoing, la société publique locale d’aménagement (SPLA) La fabrique des quartiers est chargée de la mise en œuvre du Plan Métropolitain des Quartiers Anciens Dégradés. Présentation avec Mathilde Rigot, chargée d’opération aménagement.

Quel rôle joue La fabrique des quartiers dans la rénovation du Pile ?
Nous nous chargeons de la mise en œuvre d’opérations d’aménagement, en particulier la requalification et la revitalisation des quartiers d’habitat ancien dégradé. L’habitat est un des principaux leviers d’action pour cela. Il s’agit d’éradiquer les logements indignes ou insalubres, en les rénovant de façon durable ou en les remplaçant par une offre nouvelle.

Vous intervenez également auprès des habitants ?
Bien sûr, car dans ces quartiers, l’urbain c’est avant tout l’humain. La fabrique des quartiers place les habitants au cœur de son action et de ses préoccupations. Les ménages qui y résident ont des ressources très faibles, souvent inférieures au seuil de pauvreté. Le relogement et l’accompagnement social des familles font partie de nos missions. Ainsi, les démarches d’information, de concertation et de co-production sont privilégiées.

Au-delà de l’habitat, quels sont les autres leviers d’action ?
Le changement d’image et le regain d’attractivité des quartiers anciens passent aussi par l’ensemble des fonctions et services urbains propres à assurer une véritable vie de quartier : enjeux de mixité, de qualité de vie, d’animation, de services, équipements et commerces de proximité. Nous intervenons dans ces différents domaines dans le but d’améliorer le cadre de vie des habitants du quartier.

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